La traversée du Pelvoux : il y avait longtemps que cette course nous trottait dans la tête.
Il y a des courses que l’on ne choisit pas tout à fait. Elles s’installent en vous, patientes, jusqu’au jour où il faut leur céder.
Le refuge du Pelvoux, à cette saison, ne garde que ses murs et son silence.
Nous montons au refuge de bonne heure car le nombre de couchages est très limité.
Nous étions vingt à vouloir y trouver une place, pour 10 couchages dans le dortoir. Les derniers ont dormi comme ils pouvaient, sur le sol ou sur les bancs.
La nuit fut brève, morcelée, presque inutile.
À 3h30, le réveil sonne, le corps proteste. Mais il cède vite. L’envie d’en découdre avec les séracs du glacier des Violettes est plus forte.
Nous démarrons dans la nuit, mais la pleine lune éclaire le chemin.

Le couloir Coolidge se laisse remonter dans une sorte de concentration tranquille. Chaque pas efface le précédent. Le monde se réduit à une cadence, un souffle, une pente.
Puis le glacier du Pelvoux s’ouvre devant nous.
Au sommet, le silence, le soleil, une vue magnifique sur les Alpes. Rien à ajouter. La montagne n’attend pas de commentaires.
La descente commence dans une bonne neige, avec même une petite couche de poudreuse à certains endroits. Il faut s’y glisser avec humilité, accepter de n’être qu’un passage.
Puis le terrain se resserre, se complique. Les séracs du glacier des Violettes imposent leur labyrinthe. Il faut rester lucide, précis. Et ne pas trainer : les séracs hauts de plusieurs étages menacent.
Le danger passé, nous entamons une descente joueuse dans le vallon du Riou avant de traverser à pied, skis sur le sac, une vire à chamois.

Et puis, à nouveau, la glisse. Comme une récompense discrète. Nous rechaussons les skis pour terminer dans le Névé des Militaires, et atterrir aux abords du Pré de Madame Carle.
Au final, une course variée, engagée, exigeante.
Le genre de journée qui fatigue le corps … mais restera gravée longtemps dans notre esprit.
On parle souvent de difficulté, d’engagement. Ce sont des mots.
Ce que l’on emporte vraiment, c’est autre chose : une fatigue nette, presque heureuse, et ce sentiment fugace d’avoir été, quelques heures, exactement à sa place.
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