Dimanche 15 janvier, deuxième journée d’un weekend ski de randonnée après plusieurs semaines sans neige, hâte de dévaler à nouveau les pentes. La journée d’hier a été très belle, grand beau, neige un peu soufflée, quelquefois tôlée mais suffisamment portante pour nos virages, et des endroits avec de la neige souple pour pouvoir faire de belles traces.
Le BRA nous annonce aujourd’hui un risque 2 (sur 5 max), comme hier.
Le temps prévu est variable, nous voyons les nuages d’altitude arriver et le vent est nettement plus présent qu’hier.
Tout le long de la montée, j’observe l’état de la neige pour identifier des endroits potentiellement plaisants à la descente. Mais la neige semble soufflée ou tôlée un peu partout.
Nous arrivons au terme de l’ascension et le soleil a quasiment disparu derrière les nuages d’altitude, le “jour blanc” s’installe.
À la montée, nous avons repéré des pentes en face nord dont la neige aura pu être préservée du redoux et des nuits froides. Nous décidons de nous y rendre. Cécile indique avec justesse que la pente est raide et que tout ce vent risque d’avoir déposé de la neige et formé des plaques à vent.
Bien sûr, elle a raison !
Elle me laisse passer devant et scrute ma descente.
J’amorce les premiers virages. À chaque virage j’observe la neige à droite et à gauche, conscient qu’une plaque peut se détacher à tout moment.
Et tout à coup je sens le sol se dérober, lentement mais sûrement.
Dans ma vie de skieur alpiniste je n’avais encore jamais ressenti cette sensation, mais je l’ai toujours attendue, afin de mieux comprendre son mécanisme et identifier le moyen de sortir de ce piège.
Je regarde à nouveau à gauche et à droite et je constate la largeur de la plaque qui reste raisonnable (une quinzaine de mètres environ). Je ne panique pas , je n’ai même pas peur, je me concentre pour essayer de sortir de la plaque sur le côté, je me laisse aller avec la plaque sans essayer de la contrer. Un bloc conséquent est derrière moi et me pousse vers le bas avec le reste de la plaque. Comme je ne pourrai pas sortir de ce mauvais pas, je décide de faire ce qu’il faut pour ne pas me faire ensevelir. Je m’assois littéralement sur le bloc qui me pousse, tout en gardant mon équilibre avec les bâtons.
Après vingt ou trente secondes (difficile d’estimer le temps dans ces conditions), la neige se stabilise et je m’arrête. C’est fini. La montagne a bien voulu m’épargner, tout en me donnant un avertissement dont il faudra que je tienne compte. Je lui en suis reconnaissant et ma relation avec elle n’en est que renforcée.
Je ne me sens pas fautif, la montagne est dangereuse quoi que l’on fasse, j’ai décidé de prendre un risque et je l’assume. Partir en montagne est toujours risqué.
Je sors renforcé de cette expérience, j’ai touché du doigt le danger et j’ai su le gérer, sans paniquer, en conservant toutes mes facultés et profitant de mon expérience de la glisse. Je considère cela comme un cadeau que m’a fait la montagne, une formation gratuite, sans contrepartie en retour.
Laisser un commentaire